Hommage à Marco Polo – 1ère Partie (1259-1276)

La Route de la Soie, un voyage musical

Chaque coin du monde possède son propre imaginaire sonore : musiques qui accompagnent les fêtes et célébrations ; chants et danses qui habillent le paysage intangible des terres, pour nous exotiques ; mélodies qui se sont transformées au fil du temps alors qu’elles conservent l’essence d’une tradition ; des chansons qui se sont transmises de génération en génération et qui ont la capacité de nous ramener dans une époque lointaine, sept cents ans en arrière, dans une noble Venise, une riche Constantinople ou une Perse désertique. À bord d’un navire téméraire ou au pas d’une caravane, nous accompagnerons Marco Polo, son père et son oncle à parcourir les pays qui s’étendent le long de la Route de la Soie, la première route du monde qui, pour eux est une précieuse source de connaissances et de découvertes.

Par le commerce – c’est-à-dire l’échange culturel et social, ce qui implique l’idée de négocier et de s’entendre, de dialoguer et de vivre ensemble – ces explorateurs et marchands traverseront la péninsule Arabique et le golfe Persique, et se dirigeront vers la Chine gouvernée par le grand empereur mongol Kublai Khan. Entre-temps, ils rencontreront un grand roi tartare, Berka Khan et feront plusieurs escales au cours d’un voyage qui durera des années. En arrière-plan, résonneront les guerres de pouvoir et les reconquêtes, les conflits militaires et les changements de dynasties, des événements historiques qui marquent souvent des changements d’étape importants pour une région, mais qui occultent la petite histoire, l’histoire quotidienne de son peuple. En somme, nous écouterons leur histoire par la voix d’un adolescent aux yeux ouverts et à l’écoute attentive : Marco Polo, âgé de dix-sept ans, racontant en détails la réalité et les coutumes de ces villes qui le fascinent.

Ce témoignage est recueilli dans La Description du monde. Le Livre des Merveilles, traduit et, ici, récité par Padrig Vion, sera le fil conducteur de cet hommage. Ce soir, nous commémorons le 700ème anniversaire de la mort du Vénitien dans un concert qui couvre son premier voyage et ses premières années de vie. Nous traçons ce parcours, dans une perspective historique dirigée par Jordi Savall et Hespèrion XXI, avec des musiciens de tradition tartare, de Syrie, d’Iran, d’Arménie, de Turquie et d’Afghanistan, ainsi que d’autres venus d’Occident. En toile de fond, la musique des pays traversés est la scène qui décrira l’univers le plus réaliste et essentiel de ces cultures.

Les textes récités seront entrelacés, par exemple, de divers “conductus”, de tradition européenne : une forme musicale des XIIe et XIIIe siècles composée de différentes mélodies basées sur des textes latins, utilisées pour être chantées à l’occasion de fêtes organisées par les sociétés culturellement aisées de ces contrées. On entendra également des héritages qui sont le résultat de la confluence entre l’Orient et l’Occident, comme le byzantin – quand on parle de Constantinople, capitale de l’Empire romain d’Orient – ou l’arabe de l’Al-andalus, quand on parle de l’Espagne musulmane. De ce deuxième héritage culturel, nous entendrons la forme poétique de la moaixakha, littérature raffinée à caractère érotique et amoureux signée par l’écrivain né à Cordoue, Ibn Zaydun.

Le programme comprend également une sélection de chants et de danses mésopotamiens, iraniens, palestiniens, turcs, arméniens et irakiens, ainsi que des tartares de Crimée, du Khanat de la Volga et du Khanat de Kazan. De la même manière qu’on échangeait alors métaux précieux et parfums, tissus et peaux, fruits et encres, ici les musiciens échangeront rythmes et harmonies. On entendra donc des instruments venus de partout, comme le ney, typique du Moyen-Orient, précurseur de la flûte moderne et l’un des plus anciens instruments encore en usage. On entendra également le duduk, instrument à vent, mais à anche double dont le son ressemble à celui du hautbois. On entendra aussi le kamânche, instrument persan et à corde frottée, ou le kanun, originaire de Turquie, à corde pincée et appartenant à la famille des cithares.

Alba Nogueras

© Hervé Pouyfourcat